Student girl holding books and using smartphone, online education, technology communication. By mangpor2004 - AdobeStock

Société

Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : quel impact pour l’enseignement ?

Addictions, cyberharcèlement, troubles du sommeil, exposition à des contenus inappropriés : les risques associés aux réseaux sociaux chez les jeunes alimentent le débat public depuis plusieurs années. Si le Conseil constitutionnel a récemment censuré la loi qui prévoyait d’interdire l’accès à ces plateformes aux moins de 15 ans, la question de la protection des mineurs en ligne reste plus que jamais d’actualité. Pour le monde de l’éducation, elle soulève un défi majeur : comment préserver les bénéfices pédagogiques des outils sociaux tout en protégeant les élèves ?

L’essor des réseaux sociaux et leur arrivée dans les pratiques pédagogiques

L’histoire des réseaux sociaux ne date pas d’hier. Dès 1997, SixDegrees permettait aux utilisateurs de créer un profil en ligne et de se connecter à leurs connaissances. Sans doute trop en avance sur son temps, la plateforme n’a pas rencontré le succès escompté et a disparu deux ans plus tard.

Il faut attendre les années 2000 pour voir émerger les plateformes qui façonnent encore aujourd’hui le paysage numérique : Facebook, LinkedIn ou encore Twitter (devenu X). D’abord réservés à un public relativement restreint, composé notamment d’étudiants et de passionnés d’informatique, ces réseaux se sont progressivement imposés dans le quotidien de centaines de millions d’utilisateurs. Leur usage s’est encore accéléré au cours des dernières années, au point de devenir un élément central de la vie sociale et numérique.

Très tôt, les enseignants ont perçu le potentiel de ces nouveaux outils. La possibilité de prolonger les échanges au-delà de la salle de classe, de faciliter la collaboration entre apprenants et de créer des communautés d’apprentissage a suscité un intérêt croissant dans le monde de l’éducation. Twitter a notamment été utilisé dans plus de 172 dispositifs pédagogiques recensés dans l’espace francophone, de l’école primaire à l’enseignement supérieur. Les travaux menés sur ces expériences montrent que ce réseau a pu favoriser les interactions entre enseignants et apprenants, tout en renforçant la communication entre élèves ou étudiants grâce à un espace d’échange accessible en dehors du temps scolaire. Facebook a lui aussi trouvé sa place dans certaines pratiques pédagogiques, notamment à travers la création de « groupes-classe ». Les recherches consacrées à ces usages mettent en évidence des bénéfices comparables à ceux observés avec Twitter, en particulier en matière de communication et de coopération entre apprenants. D’autres plateformes, comme WhatsApp, ont également été mobilisées dans des contextes éducatifs variés. Le choix de l’outil dépend généralement des objectifs pédagogiques poursuivis, du profil des apprenants et des préférences des enseignants à l’origine de l’initiative.

Ainsi, bien avant d’être perçus comme une source de préoccupations, les réseaux sociaux ont été considérés comme des leviers prometteurs pour enrichir les pratiques d’enseignement et d’apprentissage.

L’envers du décor

En France, l’utilisation des réseaux sociaux à des fins pédagogiques s’est rapidement confrontée aux limites apportées par la loi RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données). Les enseignants ne peuvent pas imposer à leurs élèves ou étudiants de créer des comptes sur ces réseaux en divulguant leurs données personnelles. Cette contrainte est d’autant plus forte que la majorité des réseaux sociaux appartiennent à des entreprises se situant en dehors du territoire européen, principalement dans des pays n’imposant pas les mêmes limitations à l’utilisation des données personnelles des utilisateurs.

Avec leur généralisation, les réseaux sociaux ont également révélé leurs limites. Plusieurs travaux soulignent les risques associés à un usage intensif, notamment chez les adolescents : addiction, troubles du sommeil, atteinte à l’estime de soi, cyberharcèlement ou encore exposition à des contenus préjudiciables. Ces préoccupations ont contribué au durcissement progressif de leur encadrement et nourrissent aujourd’hui le débat sur leur place dans l’éducation.

Former sans exposer ?

Face à ces préoccupations croissantes, les réseaux sociaux sont progressivement moins mobilisés dans les pratiques d’enseignement. Dans le même esprit, l’usage des téléphones portables a été interdit au collège et le sera prochainement dans les lycées français. Ces mesures visent à réduire les distractions en classe et à mieux protéger les élèves des risques associés aux usages numériques.

Les enseignants se trouvent confrontés à un dilemme : comment retrouver les avantages liés à l’utilisation des réseaux sociaux, tout en garantissant la sécurité et la protection des données de leurs élèves ou étudiants ?

Parmi leurs missions figure l’éducation aux médias et à l’information. Elle se formalise désormais à travers l’utilisation de la plateforme Pix, qui propose des certifications pour chaque niveau d’étude. Les compétences évaluées couvrent notamment la communication, la collaboration, ainsi que les enjeux de protection et de sécurité dans l’environnement numérique. Mais comment former les élèves à ces compétences sans les exposer aux outils numériques les plus utilisés ?

Un environnement protégé

Les apports pédagogiques des réseaux sociaux sont largement documentés. Ils permettent de développer l’engagement des élèves ou étudiants, de créer un environnement propice à la collaboration, de publier des contenus. Leur utilisation permet de développer et mettre en application des compétences dans l’utilisation des ressources numériques. Comme nous l’avons vu précédemment, les réseaux sociaux tels qu’ils existent actuellement ne permettent pas de mener à bien ces actions sans risque. L’idéal serait de disposer d’un environnement sécurisé, possédant des règles d’utilisation clairement définies et respectueux des données personnelles.

Des outils dédiés à la pédagogie existent déjà : il s’agit des LMS (Learning Management System), appelés en français « plateformes pédagogiques ». Ces outils se sont développés dans les écoles et les établissements d’enseignement supérieur à partir de 2010. Leurs fonctionnalités initiales restaient succinctes et étaient principalement utilisées pour déposer des documents à destination des élèves ou étudiants et pour collecter des documents créés par ces apprenants. Au fil des années, ces outils se sont étoffés, devenant progressivement de véritables outils sociaux. La plupart des plateformes permettent désormais de créer des fils d’actualité, des forums, de partager du contenu, de créer des groupes.

Certaines plateformes proposent des outils de discussion instantanée, des espaces de co-construction pour les élèves ou étudiants, des possibilités d’évaluation par les pairs. C’est le cas par exemple de la plateforme Moodle qui permet d’avoir des outils de communication intégrés aux cours, mais qui dispose également d’une messagerie synchrone individuelle, qui peut être utilisée en-dehors des cours. D’autres plateformes, comme Blackboard par exemple, proposent des fonctionnalités approchantes. Celle-ci inclut désormais des outils d’Intelligence Artificielle permettant d’obtenir une aide pour concevoir les cours, de créer des feedbacks pour les étudiants, de répondre à leurs questions, …

Les nouvelles plateformes pédagogiques proposent de nombreuses fonctionnalités similaires aux réseaux sociaux tout en restant dans un cadre contrôlé et orienté enseignement. Cet environnement protégé limite l’exposition des contenus pédagogiques et des données personnelles et protège les utilisateurs des risques de cyberharcèlement ou de désinformation. L’intégration de ces outils tout au long de la scolarité des enfants serait une solution pour former progressivement les jeunes à l’utilisation des réseaux sociaux et leur permettre d’utiliser à bon escient ces outils lorsqu’ils auront atteint l’âge légal requis.