Leadership & Management
Accession des femmes aux plus hauts postes : un progrès paradoxal ?
Les entreprises internationales sont soumises à une pression croissante pour diversifier leur direction, tout en faisant face à un scepticisme ambiant quant à leurs efforts en ce sens. Dans le cadre d’une récente étude, nous procédons à l’examen de l’accès et du départ des femmes aux positions les plus élevées dans la hiérarchie des entreprises.
Une progression plus rapide
Les études menées jusqu’à présent ont révélé que les femmes et les minorités font face à des obstacles persistants lorsqu’elles aspirent à des postes de direction au sein des entreprises. Même lorsqu’elles atteignent ces fonctions, leur rémunération est souvent moins avantageuse que celle de leurs homologues masculins occupant des postes équivalents. Leur départ se fait également dans des conditions moins favorables.
A contrario, des études récentes – menées principalement aux États-Unis – suggèrent la possibilité d’une discrimination positive en leur faveur. Dans certaines conditions, la carrière des femmes progresserait plus rapidement que celle des hommes. Elles pourraient parfois percevoir une rémunération plus élevée, notamment en raison d’une demande accrue pour les talents féminins provoquée par des pressions en faveur d’une plus grande diversité de la gouvernance. Mais quelle est l’étendue réelle de cet avantage ? Et que se passe-t-il pour les femmes une fois qu’elles atteignent les fonctions les plus élevées ?
Dans notre récente étude, nous avons enquêté sur cette question en utilisant les données de plus de 6 000 entreprises cotées dans 33 pays. Nous nous sommes concentrés sur les « nouveaux » cadres dirigeants, c’est à dire les PDG, CFO et autres cadres supérieurs accédant à ces positions pour la première fois. Pour mesurer la rapidité d’avancement, nous avons comparé l’âge auquel les hommes et les femmes obtiennent ces nominations. La notion d’âge nous paraît une mesure pertinente qui reflète le temps consacré à l’éducation, la formation, les projets familiaux et d’avancement de carrière.
Les résultats sont clairs : les femmes dirigeantes débutantes atteignent ces postes, en moyenne, 2,5 ans plus tôt que leurs homologues masculins. Cette accession plus rapide est particulièrement prononcée dans les pays où il existe des écarts de genre plus larges, mesurés par l’Indice d’écart entre les genres du Forum économique mondial.

L’écueil du départ précoce
Cependant, une promotion plus rapide ne se traduit pas forcément par un maintien dans la fonction plus long. Notre analyse révèle que les femmes qui occupent un poste de cadre dirigeant et qui sont en début de carrière, sont également plus enclines à quitter leur fonction plus rapidement – environ un an en moyenne – que leurs homologues masculins. Fait tout aussi intéressant, cela même qui leur a permis d’intégrer ces fonctions – leur âge – se transforme en inconvénient une fois en fonction. En effet, elles ont tendance à partir plus tôt. Une explication possible serait que ces départs correspondent à des opportunités plus attractives dans d’autres entreprises. Pourtant, nos travaux ne confirment pas cette hypothèse. Les femmes ayant quitté leur premier poste de direction présentent une moindre propension à viser une fonction similaire au sein d’une entreprise cotée, et tendent à occuper des fonctions de direction non exécutive, à l’instar de directrice indépendante.
Bien que ces rôles puissent être prestigieux, ils s’accompagnent souvent d’une rémunération inférieure, de bénéfices réduits et d’une influence plus faible sur la stratégie d’entreprise. Les femmes subissent plus souvent une régression qu’une promotion dans leur fonction suivante – par exemple, passer de PDG à CFO. Enfin, la probabilité que les femmes partent en raison de mauvaises performances de l’entreprise s’avère comparable à celle des hommes, suggérant qu’il n’y a pas de lien de cause à effet entre le maintien dans la fonction selon le genre et les licenciements pour performance.
Regroupés, ces résultats soulignent que les départs précoces des femmes ne sauraient être attribués exclusivement à des mouvements de carrière vers le haut. À l’inverse, ces départs sont motivés par une réorientation professionnelle vers des rôles moins exposés, souvent influencés par des incertitudes concernant les compétences et les exigences croissantes auxquelles les femmes sont confrontées dans l’exercice de leurs fonctions de direction. Il est important de noter que, si la promotion accélérée varie d’un pays à l’autre, les sorties précoces se produisent à des niveaux similaires dans le monde entier.
Quelles actions pour de vraies avancées ?
L’ascension des femmes aux postes exécutifs supérieurs est souvent célébrée comme une preuve que les barrières sont enfin en train d’être brisées. Cependant, notre étude montre que ces avancées sont fragiles. Si les femmes peuvent atteindre le sommet plus rapidement, elles quittent aussi plus fréquemment ces fonctions pour des rôles moins influents. Le véritable progrès dépendra non seulement de l’ouverture de la porte, mais aussi de la garantie que les femmes puissent exercer des fonctions de direction dans la durée une fois à l’intérieur.
Cet article est une traduction de « The Paradox of Progress for Women Executives » par E. Mendiratta, S. Mukherjee et J. Oehmichen, publié sur le CLS Blue Sky Blog le 10 octobre 2025.
Il est basé sur la publication académique :
Mendiratta, E., Mukherjee, S., Oehmichen, J.D.R. (2025). Breaking Through Only to Break up: A Cross-Country Analysis of the Speed of Advancement and Exit of Female Executives. Human Resource Management, 64 (3), 769-791.
DOI: https://doi.org/10.1002/hrm.22277
