Données & Intelligence Artificielle
Intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur : avancées et pratiques
Depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, son impact sur l’enseignement, et en particulier l’enseignement supérieur, est devenu un sujet d’intérêt majeur pour la presse comme pour le grand public. Mais l’arrivée de ces outils n’est qu’une nouvelle phase dans l’intégration des technologies dans la pédagogie. Des plateformes aux outils d’intelligence artificielle (IA), en passant par les cours à distance, retour sur les principales étapes qui ont marqué ce secteur.
Les plateformes pédagogiques, première innovation technologique
Dès les années 90, les universités ont commencé à intégrer des plateformes pédagogiques dans leurs pratiques d’enseignement. Ces outils créés en premier lieu pour faciliter la gestion des cours et l’interaction entre étudiants et enseignants servaient à l’origine au dépôt de fichiers, notamment des supports de cours, à destination des étudiants et inversement. L’acceptation de ce nouvel outil s’est faite progressivement. Certains enseignants plus réticents que d’autres ont fini par l’utiliser sous la pression des étudiants qui en voyaient bien l’utilité dans leur travail. Cet outil a amélioré l’accès aux ressources pédagogiques et a permis de fluidifier les échanges. Par ailleurs ces outils proposaient bien d’autres fonctionnalités telles que la création de quiz, la publication des notes, jusqu’à la création de véritables parcours d’apprentissage en ligne.
Le Covid, catalyseur de l’enseignement à distance
Si l’enseignement à distance existe depuis des décennies en France, le recours aux nouvelles technologies reste assez récent. A l’étranger, quelques universités pionnières comme l’Open University en Angleterre ou l’université de Phoenix aux Etats-Unis ont utilisé Internet pour diffuser leurs cours dès les années 1990. En France, l’usage de ces technologies est resté en grande partie limité aux fonctions de base des plateformes pédagogiques. Quelques enseignements ont été dispensés en visioconférence avant l’arrivée du Covid en 2020, mais ces expériences sont restées marginales.
Avec cette crise du Covid, toute la communauté enseignante a dû se tourner vers les nouvelles technologies pour garantir la continuité des apprentissages et mettre en place des cours en visioconférence sous un délai très court. Chaque enseignant s’est adapté à cette situation en fonction de son expérience et de sa maîtrise des technologies. Les ressentis sur cette période sont très variables. Certains professeurs et étudiants ont souffert de cette situation alors que d’autres ont découvert une nouvelle modalité pédagogique qui pouvait répondre à leurs attentes. A l’issue de cette période, universités et écoles ont capitalisé sur ces nouvelles compétences pour faire face à deux défis majeurs : la massification de l’enseignement supérieur et les nouvelles attentes des étudiants.
Les cours à distance sont une bonne solution pour faire face aux limites d’infrastructure liées à l’augmentation du nombre d’étudiants. L’enjeu est ici de créer des interactions suffisamment dynamiques pour conserver l’attention des étudiants.
Si le choix leur est offert, nous constatons que de nombreux étudiants optent pour des cours à distance. Leurs motivations sont généralement liées à un besoin de flexibilité en raison d’obligations personnelles ou professionnelles telles que le soutien familial et l’emploi salarié. Cette volonté peut également être guidée par des raisons économiques en leur évitant des frais de transport, voire des frais de logement, ou encore en diminuant leur empreinte carbone.
Cette intégration de cours synchrones à distance dans les cursus traditionnels représente une évolution majeure dans l’utilisation des technologies dans l’enseignement supérieur.
L’arrivée des outils d’intelligence artificielle, un nouveau défi
Dès son lancement, l’utilisation de ChatGPT est devenue un sujet de débat et de désaccord entre les chercheurs. Les premières réactions du monde académique ont été d’en interdire l’utilisation dans le cadre des enseignements, par crainte des risques de triche. En revanche, les étudiants l’ont rapidement adopté, plébiscitant sa capacité à comprendre et à répondre en utilisant le langage naturel. Face à cet engouement, les institutions d’enseignement supérieur ont intégré l’IA générative comme elles l’avaient fait avec les technologies précédentes. Sur ce point elle ne diffère pas des autres technologies et la nécessité de l’intégrer s’est rapidement imposée.
D’un point de vue pédagogique, l’utilisation des outils d’IA générative n’est utile que si elle favorise l’apprentissage actif et la co-construction de savoir. Les étudiants ne doivent pas se limiter à recopier les énoncés dans l’outil et à reprendre tel quel le résultat produit. Ils doivent parvenir à dialoguer avec l’outil pour améliorer leur compréhension du sujet étudié et doivent être capables de développer un esprit critique sur les résultats fournis. C’est ici que se situe le véritable défi de l’intégration de ces outils dans les pratiques étudiantes.
Bien que la partie visible soit l’utilisation des outils d’IA générative par les étudiants, bien d’autres usages sont possibles pour les établissements d’enseignement supérieur. Ils peuvent être utilisés par les professeurs pour contribuer à la construction de leurs cours et de leurs examens, pour répondre automatiquement à certaines questions des étudiants ou encore pour pratiquer des activités de recherche. Les établissements peuvent également utiliser ces outils pour automatiser certaines tâches administratives. Le développement de chatbot pour répondre aux questions des étudiants en est un bon exemple.
Si l’emploi de l’IA constitue une avancée technologique majeure, nous ne devons pas négliger les risques qui lui sont associés. Parmi les plus évidents, citons le risque de biais et d’erreurs, de non-respect des données personnelles ou encore de dépendance à la technologie.
L’intégration de l’IA dans l’enseignement supérieur n’en est qu’à ses balbutiements, mais nous pouvons déjà présager que son utilisation va se développer sous de multiples formes, modifiant en profondeur les pratiques d’apprentissage actuelles.
